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Albert Marquet« Autoportrait », encre |
Drouot Richelieu
SVV Aponem Deburaux
Le 18 octobre à Drouot Richelieu, la société de ventes volontaires Aponem Deburaux dispersera un fonds unique de 1 050 dessins et croquis d’Albert Marquet. Ce fonds constitue un document de référence exceptionnel à plus d’un titre, d’abord parce que l’ensemble est inédit et n’a jamais été exposé au public, ensuite parce qu’il provient de la famille même de l’artiste et a été conservé par l’un des ayant-droits. Michèle Paret qui a collaboré à l’Institut Wildenstein pour l’authentification des œuvres de Marquet et la rédaction de catalogue raisonné, évoque ainsi les dessins de l’artiste : « …ils sont rapides et incisifs, traquent attitudes et défauts d’un œil subtil et pénétrant… » Ce fonds, d’une grande richesse, est un témoin précieux des audaces créatrices d’Albert Marquet. Par la diversité des thèmes abordés, ces dessins et croquis à l’encre et au crayon témoignent de ses nombreux voyages en France, dans le sud ou sur les bords de Seine notamment, en Afrique du Nord (Algérie, Maroc), en Italie (Naples, Venise…), au Royaume Uni, en Norvège, en Allemagne, en Suisse…. Chronologiquement, ils illustrent les différentes périodes de l’artiste. Certains évoquent une facette moins connue de son travail, comme les scènes érotiques. D’autres encore attestent des influences et des courants picturaux de l’époque comme ses paysages sensibles dont il se fera une spécialité à la faveur de sa rencontre avec le Fauvisme. Les grands nus, ainsi que les portraits de famille, les autoportraits, et les dessins de jeunesse enrichissent encore ce fond. Les estimations seront comprises entre 300 et 2000 €. La palette est donc large et permettra de découvrir l’univers de celui qui fut un proche de Matisse, avec qui il échangea régulièrement, y compris ses œuvres. Cette vente publique, grand rendez-vous de la rentrée, sera présentée avec la contribution de Madame Michèle Paret, riche de plus de vingt-cinq ans de complicité avec l’œuvre du maître.
BIOGRAPHIE - PIERRE LEOPOLD ALBERT MARQUET (1875-1947)
Albert MARQUET naît à Bordeaux le 26 mars 1875. Mauvais élève, il passe son enfance dans le port à contempler les mouvements des bateaux. Doué pour le dessin, il en parsème livres et cahiers. Pendant les vacances scolaires, l’enfant garde les vaches autour du Teich et d’Arès dans le Bassin d’Arcachon ; il dessine les paysages qui l’entourent. Sa mère, son plus grand soutien, décide, lorsqu’il a 15 ans, de quitter Bordeaux pour Paris où se trouvent les écoles propices à l’éclosion du talent de son fils. En novembre 1890, elle inscrit ce dernier à l’Ecole des Arts Décoratifs. Marquet en suivra les cours jusqu’en 1893. Il y rencontre Henri Matisse et Henri Manguin avec lesquels il sera lié, toute sa vie, par une amitié qui ne se démentira jamais. En 1893, il quitte les Arts Décoratifs pour entrer à l’Ecole des Beaux Arts où il suit l’enseignement de Gustave Moreau jusqu’en 1898. Cet excellent peintre est un professeur laissant toute liberté d’expression à ses élèves ; il les encourage à copier les Maîtres : On trouve, dans les registres du Musée du Louvre, environ vingt-cinq demandes d’inscription de la part de Marquet, pour des œuvres de grands maîtres, entre 1894 et 1904. Lassé des études académiques, l’artiste dessine dans les rues, abrité sous les auvents des portes cochères ou installé à la terrasse des cafés. Il fréquente la salle de spectacles du Petit Casino, les beuglants de l’époque, le cirque et les zoos. Il en rapporte une grande quantité de croquis, pris sur le vif, rapides et incisifs ; il traque attitudes et défauts, d’un œil subtil et pénétrant. Après la mort de Gustave Moreau survenue en 1898, Marquet et ses amis, Matisse et Manguin auxquels s’est joint Charles Camoin, fréquentent plusieurs ateliers où ils continuent à exécuter des nus académiques. Ils rencontrent alors de nouveaux camarades dont fait partie Jean Puy. Ils fréquentent le jardin du Luxembourg, proche de la rue Monge où habite Marquet avec ses parents. Sa mère lui sert souvent de modèle, alors qu’elle est assise, brodant ou lisant. En 1899, l’artiste commence à exposer dans les Salons. En 1905, Henri Manguin invite son ami à venir passer quelque temps dans la maison qu’il vient de louer à Saint-Tropez. Marquet trouvant que la villa est trop éloignée du centre, s’installe en ville et fait venir son ami Camoin avec lequel il dessine les filles légères du « Bar des Roses ». Au Salon d’Automne, les toiles du groupe d’artistes exposant dans la salle VII, provoquent un scandale. Le critique d’art, Louis Vauxcelles, dans la revue d’art Le Gil Blas, leur donne par dérision le nom de Fauves. Avec Raoul Dufy, Marquet travaille en 1906 au Havre et sur la plage de Sainte Adresse avant de parcourir les ports normands en quête de motifs. Cependant le talent de Marquet commence à être reconnu par la critique. Cette notoriété permet au peintre de trouver un marchand : Eugène Druet. Grâce au contrat passé entre les deux hommes en 1907, Marquet va pouvoir voyager. Il visite rapidement Londres, en compagnie de Charles Camoin et d’Othon Friesz ; mais il est rappelé en France par la famille de sa mère mourante. En 1908, le peintre emménage dans un immeuble situé au 19, quai Saint-Michel, dans l’atelier du cinquième étage que vient de quitter son ami Matisse. Dès l’année suivante, il entreprend une série de nus d’après quelques jeunes modèles. L’une d’entre-elles aura très vite sa préférence : Yvonne Berny a 17 ans, elle est délurée, vive et possède un corps ravissant. Elle inspire à Marquet de nombreuses peintures et dessins. Elle deviendra sa maîtresse et l’accompagnera dans ses voyages jusqu’en 1922. Avec une compagne, elle sera le sujet principal d’une série de dessins érotiques pour la plupart faits en atelier, quai Saint-Michel. Entre 1908 et 1920, Marquet travaille en Italie, en Allemagne, à Tanger, au Maroc. En France, il se rend à Poissy, à Villennes sur Seine, à Rouen, à Collioure, à Toulon, à La Varenne Saint Hilaire, à Herblay et à La Frette (où il prendra des leçons de boxe). Lors de la déclaration de guerre en 1914, Marquet et Matisse sont réformés. Matisse entraîne son ami à Marseille. Conquis par l’animation des quais, l’incessant mouvement des bateaux et les vieux quartiers, Marquet va séjourner dans cette ville en alternance avec les sites de la région parisienne évoqués précédemment durant les quatre années que dure le conflit. De nombreux tableaux et quantité de dessins seront rapportés à ses marchands : Eugène Druet partage désormais la production de l’artiste avec la galerie Bernheim Jeune. Une sévère attaque grippale subie en 1919 fragilise la santé de Marquet. L’année suivante, le peintre décide alors de passer l’hiver au soleil. Il embarque donc pour Alger, porteur de lettres de recommandation de ses collectionneurs et amis. L’une d’entre elles est adressée à Marcelle Martinet, jeune femme intelligente et cultivée, parlant arabe, qui lui fait découvrir les hauteurs d’Alger. Il fait aussi la connaissance de jeunes peintres de la villa Abd El Tif, et rencontre chez Louis Meley, collectionneur d’Alger, le peintre Jean Launois. Celui-ci va l’accompagner dans ses excursions à travers le Sahara, avec Marcelle Martinet. Albert Marquet épouse Marcelle Martinet en février 1923. Le couple part aussitôt pour la Tunisie ; il va séjourner six mois à Sidi Bou Saïd. Inspiré par la beauté du site et le charme de cette petite ville, l’artiste va beaucoup y travailler. A partir de 1924, le peintre et sa femme ne vont plus cesser de voyager : l’hiver à Alger et dans le Sahara, en Tunisie, en Egypte et au Maroc ; l’été en France, à Sète, à Samois sur Seine, à Vieux Port en Normandie, à Audierne, à Poissy, à Hendaye et à Boulogne sur Mer ; ils font aussi une croisière en Norvège en 1925. 1931 est une date importante dans leur vie. Marquet achète un appartement « pour ses fenêtres », au-dessus du Pont Neuf, au n° 1 de la rue Dauphine. Ce faisant, il continue à demeurer sur les quais, au cœur de Paris ; mais désormais il est chez lui. Avec Marcelle, qui sait admirablement recevoir, ils vont réunir leurs amis autour d’une bonne table, car ils sont tous deux fins gastronomes. Les voyages reprennent après un mois de repos à Triel sur Seine et l’aménagement de leur salle de bains parisienne que l’artiste a voulu décorer lui-même : Jusqu’à la guerre de 1940, ils vont faire une croisière sur le Danube en 1933, une croisière jusqu’en Russie en 1934, un séjour en Suisse, et un séjour à Venise avec une croisière en Dalmatie en 1936. A Stockholm en 1938, ils espèrent la neige et trouvent le soleil. En France, ils passent l’été successivement au Pyla, à Méricourt, à Porquerolles et à La Frette. Au début de la guerre, le peintre, qui a signé l’affiche de protestation des artistes et intellectuels contre le nazisme, est menacé de représailles. Réfugiés à Céret, puis à Vernet pour attendre la suite des évènements et avoir le temps de mettre les tableaux en lieux sûrs, Marquet et sa femme embarquent à la fin de l’année à Collioure, pour Alger. Ils vont y rester pendant toutes les années de guerre. Ils louent un appartement sur le port d’où l’artiste travaille ; lorsque se présente l’opportunité d’acheter une maison de campagne à Montplaisant, quartier situé au-dessus de Bab el Oued, Marquet et sa femme la saisissent. Désormais, l’artiste va se consacrer aux vues de Djenan Sidi Saïd, « la maison du Seigneur Heureux ». Bientôt, les restrictions dues au conflit l’obligent à chercher de nouveaux supports pour ses œuvres ; il peindra et dessinera désormais la maison, le jardin et les animaux, sur cartons et papiers. A la fin de la guerre, il retrouve son appartement sur le port. En 1945, Albert et Marcelle rentrent enfin à Paris, heureux de retrouver leurs amis et les quais de Seine.Un dernier séjour à Alger aura lieu, pour l’artiste, en 1946, ainsi qu’un voyage en Suisse, dans les Grisons, pendant l’été. Opéré d’un cancer, le 14 janvier 1947, Marquet s’éteint le 14 juin de la même année à Paris.
Michèle Paret Expositions publiques : Samedi 16 octobre 2010 de 11h à 18h Dimanche 17 octobre 2010 de 11h à 12h
Ventes à Drouot Richelieu: Dimanche 17 octobre 2010 Lundi 18 octobre 2010
Société de ventes Deburaux Aponem 01 42 24 80 76 |


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